La Confrérie des Pénitents noirs
La confrérie des Pénitents noirs de la Miséricorde, sous le titre de saint Jean-Baptiste décollé, naît en 1588, du démembrement des Pénitents noirs florentins, sous l’impulsion de Pompée Catilina, colonel à Avignon de l’infanterie du pape. Ses statuts sont approuvés en 1595 par l’archevêque Tarugi. Cette confrérie s’est donnée pour mission de charité l’assistance spirituelle et corporelle des pauvres prisonniers et particulièrement des condamnés à mort. En 1591, la confrérie fait l’acquisition de la chapelle dite de Fenouillet « qui est le plus vieux et plus ancien hôpital des pauvres lépreux de la ville d’Avignon » (L. Duhamel). Dès 1609, elle est confortée dans ses œuvres et son influence par affiliation à l’archiconfrérie de la Miséricorde à Rome.
En 1596, le pape Clément VIII lui accorde le privilège de délivrer, le jour de la décollation de saint Jean-Baptiste un condamné à mort. Paul V, en 1617, étend cette faculté à tous les jours de l’année.
En 1681, le vice-légat Niccolini institue un hospice des insensés dont il confie la direction aux Pénitents noirs de la Miséricorde. Le vice-gérent d’Avignon autorise les confrères à utiliser la tour dite de l’Auditeur, rue du Chapeau-Rouge pour y enfermer les pauvres insensés.


En 1726, un don du vice-légat d’Elci, bouleversé par une visite à la tour de l’Auditeur, permet à la confrérie d’envisager la construction d’un hôpital. Elle débute en 1728 sur des terrains acquis par les Pénitents entre leur chapelle et le Rocher des Doms. Louis François Manne, recteur de la confrérie pendant dix-sept ans, impulse une série de travaux pour agrandir l’espace de la Maison des fous par l’achat d’immeubles, par des appropriations et des constructions nouvelles financées par l’institution communale. L’architecte Thomas Lainée, membre de la confrérie, donna les plans de l’hospice comme ceux de la façade et du décor intérieur de la chapelle réalisés à partir de 1739.
L’organisation de la confrérie est classique avec à sa tête un recteur élu par l’ensemble des confrères pour un an et qui choisit deux vice-recteurs : ils possèdent l’autorité morale sur la confrérie. Sont nommés également des conseillers et des petits officiers qui forment, avec les trésoriers élus, le bureau de la compagnie. Ce bureau général des officiers a un vrai pouvoir de décision lors des réunions mensuelles pour la gestion de la confrérie.
Les Pénitents noirs sont reconnaissables à leur habit : un sac noir attaché autour du corps par un cordon rouge avec sur le cœur un écusson en broderie représentant la tête de Saint-Jean-Baptiste dans un bassin.
La confrérie des Pénitents noirs obtint du pape Benoit XIV, en 1745, la suppression des confréries de Pénitents bleus, violets et rouges de la ville ; mais sur l’intervention des Pénitents blancs, le pontife revint sur sa décision et rétablit ces dernières entre 1747 et 1752.
La confrérie est supprimée par la loi de 1792, mais l’hospice des insensés est maintenu sous administration civile. La confrérie se reconstitue sous la Restauration. Toutefois, si elle parvient à recouvrer l’œuvre des prisonniers grâce à l’intervention du préfet, elle échoue dans ses tentatives pour reprendre le contrôle de l’hospice des Insensés, dont elle est définitivement écartée. Sa chapelle lui est néanmoins restituée. Conservée dans son intégrité elle est protégée au titre des monuments historiques par arrêté du 25 octobre 1906.
La confrérie a cessé de nouveau son activité en 1948.
En 1976, la propriété de la chapelle passe à la ville d’Avignon.
Le 30 octobre 1983 le maire, M. Jean-Pierre Roux, confie le soin de ce monument à l’Association Saint-Jean-Baptiste dont les fondateurs décident de réactiver la confrérie.
Depuis de nombreuses années, la messe de toujours était célébrée pour les avignonnais par M. le chanoine René Devaux (« Père Eloi »). À son départ, le flambeau a été repris par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie‑X, depuis son prieuré de Sorgues.